Quiberon (Kiberen)

S'il est un endroit où mon amour pour la Bretagne a du naître un jour, c'est bien ici... Ce n'était pourtant pas gagné d'avance... Pour ne pas aller à la mer -du haut de mes dix-huit mois, j'étais facilement impressionnable par les vagues je pense- je balbutiais un "pas Bron, pas Bron..." ;o)

Et oui, il y a bien longtemps, je me faisais déjà remarquer, manquant de peu d'être récupéré par les moniteurs de la colonie de la CAF de Creil : j'étais habillé comme leurs colons, ou déconcentrant Louison Bobet sur les courts de tennis... "Pan, pan..." faisait le sale gosse quand les joueurs tapaient dans la balle...

Pour la colo, cela n'aurait pas été bien grave dans l'absolue, ma mère ayant été quelques années employée de la CAF de Creil mais cela ne serait plus possible aujourd'hui... L'habitation fait partie du casino ;o)

Même si de nouveaux lotissements ont pris la place du grand terrain vague où s'installaient les cirques, si le dieu touriste a pris encore plus de place dans la ville, finalement, le coin n'a pas trop changé... Toujours sa belle maison face à la mer, sa côte sauvage où il n'est pas rare de rouler sur de l'écume, sa sardinerie et ses bateaux en route pour les îles...

Il reste heureusement encore aujourd'hui ce délicieux petit bonbon qui a gâté mes dents de gamin et que je redécouvre à chaque fois avec autant de plaisir, les Niniches. Pas loin de 50 goûts différents : à se faire péter les papilles de bonheur !

Mais excusez moi, je préfère et de loin venir ici hors saison, pour ne pas perdre mon temps dans des envoiturages © dignes des pires journées dans Paris, avec les mêmes automobilistes d'ailleurs...

Vous n'aimez pas trop la plage et la promiscuité de Port Maria, le fric débordant de la pointe - thalasso oblige - Port Aliguen garde encore un peu de son aura, ainsi que st Pierre (qui était autrefois un hameau de Quiberon), une fois de plus hors saison puisque l'unique route reliant la presqu'île au continent passe évidemment en plein centre du village... N'hésitez surtout pas à prendre à droite vers la Côte Sauvage pour vous aérer après quelques heures de bouchons... On notera le manoir Kerdavid. Celui-ci fût alternativement quartier général pour les troupes des immigrés puis pour celles de Hoche. Un tribunal y jugea plus de 110 personnes qui seront exécutés à Penthièvre.

La presqu'île est riche en éléments mégalithiques (sur Quiberon et St Pierre) : Les menhirs de Beg-er-Goalennec (le bonnet d'évêque, menhir en forme de cœur ou de mitre, un menhir brisé et un autre menhir), le menhir couché de Berer Vil, le menhir de Goulvas, à la pointe du Conguel, l'alignement de 23 menhirs disposés sur cinq lignes de Kerbournec suivi au sud par un cromlech (27 menhirs en demi-cercle), le menhir de Keridanvel, le tumulus et le dolmen du Mané Beker Noz, le dolmen et les menhirs du Manémeur, le dolmen du Roch, le dolmen à galerie de Roch-en-Aud (comme le Grand-Mont à St-Gildas-de-Rhuys, une emprunte de cheval d'un Saint s'y devine - St Roc), la nécropole de Tiviec.

Quiberon fut longtemps... Une île ! Un prieuré, Saint Clément est édifié par les moines de Rhuys. Comme ses voisines, elle est saccagée par les vikings. Il faut attendre le XIe pour que l'île devienne paroisse. En 1532, Quiberon passe elle aussi des possessions d'Anne de Bretagne à celles du roi de France. Bien longtemps plus tard, 40 vaisseaux anglais attaquent et pillent Quiberon, comme Houat. Le duc de Penthièvre, gouverneur de Bretagne installe une défense devant l'isthme. C'est là que seront massacrés les chouans et les émigrés pris suite à l'échec du débarquement. Il servit ensuite de prison pour des prisonniers Allemands pendant la première guerre mondiale. Lors de la seconde, les Allemands l'intègre au mur de l'Atlantique et, répétant les massacres de la Révolution, y torturent et y exécutent une cinquantaine de résistants - monument commémoratif. (Le fort est toujours occupé par les militaires en 1990 comme le montre cette photo - à venir - prise un jour de grand vent : 5 minutes plus tard, l'exercice était trop dangereux tellement les hommes tanguaient sur les cordes).

Comme Houat encore, Quiberon (surtout Port Maria) devient un port de pêche à la sardine : il devient même le tout premier dans les années 50, avec une douzaine de conserveries. On trouve encore aujourd'hui plusieurs magasins de la Belleilloise, la plus célèbre, un peu partout en Bretagne (il y en a même un dans le port du Crouesty)... Ou à La Rochelle comme j'ai pu le voir à l'été 2012 !